Home Song Catalogue Site Map

A Treasury for Mélodie

Huit poèmes de Jean Cocteau

Eight poems by Jean Cocteau

Auric (1918)

 

Hommage à Eric Satie

Madame Henri Rousseau
monte en ballon captif
Elle tient un arbrisseau
Et le douanier Rousseau
prend son apéritif

L'aloès gonflé de lune
Et l'arbre à fauteuils
Et ce beau costume
Et la belle lune
Sur les belles feuilles

Le lion d'Afrique
Son ventre gros comme un sac
Au pied de la République
Le lion d'Afrique
Dévore le cheval de fiacre

La lune entre dans la flûte
Du charmeur noir
Yadwigha endormie écoute
Et il sort de la douce flûte
Un morceau en forme de poire.1

Réveil

Bouche grave des lions
Sourire sinueux des jeunes crocodiles
Au fil d'eau du
fleuve charriant des millions
Iles d'épices

Qu'il est beau le fils
de la reine veuve
et du matelot

Le joli matelot délaisse une sirène
Sa plainte de veuve
au sud de l'îlot

C'est la diane dans la cour de la caserne
Rêve trop court
Aube lanternes mal éteintes

Nous nous réveillons
Fanfare en haillons!

École de guerre

Que la vie est ennuyeuse
à cinq heures et demie
de ce petit matin en berne

Les dianes contagieuses
se propagent dans les casernes
comme une douce épidémie

Dieu que ce coq de cuivre est triste
l'ange cycliste
sort de la crèche
pour envoyer mille dépêches

La pauvre Diane s'enroue
dans cette énorme bâtiment
Réveillez-vous frileusement
voyageurs de la Grande Roue

Aglaé

Je bois l'eau froide par saccades
Coup de couteau je bois encor
O lourde lourde cavalcade
Galope dans la nuit du corps

Le jet d'eau boîte, éclabousse
le massif de bégonias
On dirait que dans l'herbe il y a
Des morceaux mouillés de langouste

Aux profondeurs d'un océan
Deux poissons aux belles ouoes
chantent sur un arbre blanc
Mais leur chanson n'est pas ouoe

Tu n'auras jamais Amphitrite
Ce joli cortège de truites

Place des Invalides

Écoute Dieu ronronne dans son beau ciel vide
Rouet d'Omphale Les Nations
Une remise triomphale de décorations
Place des Invalides

Dôme d'or
Le bilan se dépêche, carde un nuage
Les cocardes triclores

Nasse la tour Eiffel pendue
Elle attrape en silence
Toutes les dépêches du monde

Marie Laurencin

Entre les fauves et les cubistes
Prise au piège, petite biche

Une pelouse, des amémies
Pâlissent le nez des amies

France, jeune fille nombreuse

Clara d'Ellébeuse
Sophie Fichini

Bientôt la guerre sera finie
Pour que se cabre un doux bétail
Aux volets de votre éventail

Vive la France!

Biplan le matin

Le bruit de l'aéro se fane à la descente
La voix du ciel nouveau, toupie
O Orion module
Dans le matin chargé d'émotion de vivre
Ma cour sonore
Le bruit profond des seaux remués dans la cour
Un chien qui joue
L'archange aux ailes solides va chez la Vierge Marie
Aux environs de Paris
Foule Une brume violette Il fait beau
Le général
PICON BYRRH PETIT JOURNAL
La Seine coule et désaltère
Les pont frais comme des tombeaux

Et haut et haut lève la tête
Un orgue dans le Paradis

Portrait d'Henri Rousseau

Des aloès et des mésanges
en costume de dimanche.

Les anges aux grosses ailes
volent autour de la tour Eiffel.

Le dirigeable RÉPUBLIQUE
Le nègre jouait de la pipe
Sur la Butte fumant sa flûte
L'autre s'appelait Jean-Jacques
Biplan soleil cloches de Pâques
Ce fut une belle Liberté.
On y voyait toutes les bêtes
de la jungle et de la cité.
Un lion et un cheval blanc
et tous les deux très ressemblants.

La mésange disait: <Vive la République!>

Homage to Eric Satie

Madam Henri Rousseau
is climbing in a captive balloon
she is holding a shrub
and the customs-officer Rousseau
is taking his aperitif

the aloe puffed up with moon
and the armchair tree
and this handsome suit
and the beautiful moon
on the beautiful leaves

the African lion
its belly as fat as a sack
at the foot of la République
the African lion
is devouring the coach-horse

the moon enters into the flute
of the black charmer
Yadwigha asleep listenings
and out of the soft flute comes
a piece in the shape of a pear.1

Awakening

Grave mouth of the lions
sinuous smile of the young crocodiles
millions by the thread of water of the
drifting river
spice islands

How he is handsome the son
of the widowed queen
and the sailor

the pretty sailor abandons a siren
its widow's lament
to the south of the island

it is the bugle call in the barracks' yard
too short a dream
dawn badly extinguished lanterns

we are waking up
fanfare in rags!

War school

How tedious life is
at half past five
on this early morning at half mast

the contagious bugle calls
spread through the barracks
like a sweet epidemic

God how this brass cockerel is sad
the angel cyclist
leaves the crib
to send a thousand despatches

the poor bugle grows hoarse
in this huge building
wake up cold
travellers of the Great Wheel

Aglaé

I drink the cold water in jerks
thrust of a knife I drink again
o heavy heavy cavalcade
gallop in the body's night

the water fount limps, splashes
the mass of begonias
one would say there are wet pieces
of lobster in the grass

in the depths of an ocean
two fish with fine hearing
are singing on a white tree
but their song is not heard

Amphitrite you will never have
this pretty procession of trout

Place des Invalides

Listen God is purring in his beautiful empty sky
Rouet d'Omphale Les Nations
a triumphant medal ceremony
Place des Invalides

Gold dome
the schedule is hurrying, card a cloud
the tricoloured cockades

net the suspended Eiffel Tower
it silently catches
all the despatches of the world

Marie Laurencin

Between the Fauvists and the Cubists
caught in the trap, little doe

a lawn, anaemic afflictions
pale the noses of the friends

France, numerous young lady

Clara d'Ellébeuse
Sophie Fichini

Soon the war will be over
for a gentle cattle to rear up
in the winglets of your fan

Long live France!

Biplane in the morning

The noise of the aero withers in the descent
voice of the new sky, spinning-top
modulate o Orion
in the morning charged with the emotion of living
my sonorous courting
The deep sound of the buckets agitated in the yard
a dog playing
the archangel with solid wings goes to the Virgin Mary
in the neighbourhood of Paris
Crowd A violet haze It is fine
General
PICON BYRRH LITTLE JOURNAL
The Seine flows and refreshes
the bridges as cool as tombs

and high and high raise your head
an organ in Heaven

Portrait of Henri Rousseau

Aloes and tom-tits
in Sunday best.

The angels with big wings
fly around the Eiffel Tower.

the air-ship RÉPUBLIQUE
the negro was playing the pipe
upon la Butte smoking his flute
the other was called Jean-Jacques
Biplane sun Easter bells
it was a beautiful Liberty.
There one could see all the beasts
of the jungle and of the city.
a lion and a white horse
and both very much alike.

The tom-tit was saying: "Long live the République!


Jean Cocteau

1The title of a piano piece by Satie.


©translated by Christopher Goldsack